Faire des normes un véritable atout

En banque-finance, la contrainte réglementaire peut constituer un sérieux obstacle. À moins qu’elle ne soit transformée en opportunité et ne favorise le changement, comme en témoigne Léandre Charbonnier, Directeur comptes combinés et normes de l’assureur Covéa.


Le secteur des services financiers figure parmi les plus réglementés. Tombant régulièrement sous le coup de nouvelles dispositions, destinées à réduire au maximum les risques systémiques dont pâtiraient les usagers s’ils se réalisaient, ce domaine d’activité doit composer avec l’univers contraint dans lequel il évolue.
A vrai dire, composer n’est pas tout à fait la seule perspective dont disposent les entreprises de ce secteur. Celles-ci peuvent aussi retenir une option alternative, consistant à transformer la contrainte en atout.

A première vue, il n’y avait rien d’aussi évident pour ce qui concerne Solvabilité 2, en particulier. Née d’une directive du 25 novembre 2009 et entrée en application au 1er janvier 2016, cette réforme menée à l’échelle européenne a touché de plein fouet les compagnies d’assurance et de réassurance. Pour Covéa, toutefois, celle-ci s’est inscrite dans l’évolution du groupe.

« Le hasard de calendrier a fait que Solvabilité 2 prenait toute sa dimension au moment même où nous nous transformions, relate Léandre Charbonnier, Directeur comptes combinés et normes de Covéa. Notre objectif principal consistait à nous organiser comme une entreprise unique, forte des succès rencontrés par chacune de ses marques, GMP, MAAF et MMA. Il était alors essentiel d’éviter que la réforme ne soit une marche sur laquelle trébucher, mais bien de faire en sorte qu’elle représente une étape importante de notre construction. »


SE PENCHER SUR LA FONCTION ÉCONOMIQUE

De fait, en accentuant l’importance des fonds propres des compagnies d’assurance, Solvabilité 2 a incité l’ensemble des acteurs à se pencher davantage sur leur fonction économique. Et Covéa ne fait pas exception.

« Présenter une connaissance plus fine des risques et les maîtriser conduit l’ensemble des acteurs du marché/secteur à adopter une approche plus économique sur leur activité. Tout en nous conduisant à structurer, pour certains, ou déployer plus avant, pour d’autres, des fonctions clés exigées par la réglementation (fonction actuarielle, audit des risques, etc.) », détaille Léandre Charbonnier.

Bien évidemment, cela ne pouvait se faire sans heurts. En particulier, répondre à cette logique supposait de gérer une lourde mécanique de calcul et de reporting sans commune mesure. L’enjeu, désormais, étant la granularité des informations passées au crible.

Il reste à savoir si cet effort fourni par chaque groupe du secteur a permis de se traduire en termes de business development.

« C’est probablement encore trop tôt pour le savoir, estime-t-il. Même si la maîtrise des risque s’est trouvée renforcée et que les assureurs ont appris à piloter leur performance dans des référentiels multiples, nous ne disposons pas assez de recul pour trancher cette question. »


UNE DYNAMIQUE S’EST ENCLENCHÉE

Pour autant, Solvabilité 2 a modifié en profondeur le paysage de l’assurance. Y compris en ouvrant de nouvelles perspectives. Avec l’organisation des fonctions support pour répondre aux exigences des textes, s’est concrétisée la possibilité de se projeter à plus long terme.

Chez Covéa, une vraie dynamique s’est ainsi enclenchée. « Nous avons initié le projet Swing, conçu pour accélérer la production des comptes. Bien plus qu’optimiser nos processus, il s’inscrit dans un projet stratégique, porté par la direction générale du groupe, qui nous permet de nous positionner en tant qu’acteur majeur du secteur », évoque-t-il. In fine, la contrainte réglementaire a donc joué son rôle dans la stratégie de l’assureur.