Le directeur financier d’une ETI doit être agile

Dans les ETI, comme dans les PME, les directeurs financiers (CFO) doivent mener plusieurs chantiers de front pour gérer à la fois la croissance de l’entreprise et le respect des obligations réglementaires. Avec des contraintes spécifiques à la taille de leur entreprise. Revue de détail avec Susanne Liepmann, présidente du méta-réseau Fi Plus.


Objectif ETI : La fonction finance revêt-elle une dimension spécifique dans les ETI ?

Susanne Liepmann : Dans les grands groupes, comme dans les ETI, l’exigence des investisseurs, des financeurs et de l’ensemble des parties prenantes est similaire. En revanche, les moyens disponibles pour y répondre diffèrent. La conséquence directe est que le directeur financier d’une ETI doit être plus agile et intervenir de façon astucieuse sur un large spectre de sujets, comme la refonte d’un circuit de consolidation, la prise de décision au sujet d’un logiciel ERP ou EPM, des road shows de financement, etc. Il y a une raison à cela : globalement, les référentiels de données dans les grands groupes sont établis (même s’ils peuvent se révéler incomplets) ; a contrario, ils font souvent défaut à une PME ou une ETI, en particulier quand elle se tourne vers l’international. En réponse à un développement souvent rapide, la fonction finance doit donc être agile.

 

Objectif ETI : L’expansion à l’international s’en trouve-t-elle compromise ?

SL : A tout le moins, elle doit se gérer différemment. Et ce d’autant que faire l’impasse sur l’international n’est pas une stratégie viable – à moins d’avoir un business model exclusivement régional, bien entendu. A titre d’exemple, l’ouverture d’une filiale à l’étranger ne peut raisonnablement pas donner lieu à l’embauche d’un comptable, d’un responsable tax, etc. Pour pallier cette question, une ETI doit réfléchir à la meilleure façon d’externaliser ces fonctions, au moins le temps du développement initial. Disposer d’un réseau de contacts professionnels dans le pays concerné s’avère alors très utile.

 

Objectif ETI : Qu’en est-il au sein de la maison mère ?

SL : Celle-ci doit absolument s’assurer de l’adéquation de son projet d’internationalisation et des compétences humaines dont elle dispose. Ainsi, une ETI doit s’appuyer sur de plus larges compétences en contrôle de gestion, une fonction qui va au-delà du spectre d’intervention d’un expert comptable – davantage dédié à l’expertise et l’exactitude des données qu’à l’analyse transversale. Une ETI doit également procéder de la sorte pour tout ce qui a trait à la fiscalité et aux réglementations. Et, par extension, pour tous les outils nécessaires au pilotage de ces questions – outils dont l’offre dans le cloud est de plus en plus étoffée, d’ailleurs. Elles peuvent ainsi bénéficier en « standard » de solutions mises en place pour d’autres clients auparavant. Lorsqu’elles y auront accès, les ETI auront ainsi beaucoup à gagner en utilisant des outils et des façons de travailler déjà utilisées par les grands groupes.

 

Objectif ETI : Peut-on espérer bâtir un réseau français d’ETI comme en Allemagne ?

SL : Les entreprises françaises et allemandes rencontrent les mêmes problématiques. Ainsi, le respect du RGPD ou de BEPS imposent des documentations qui sont nécessairement coûteuses – même si l’on dispose d’un Chief Data Officer ! En revanche, l’Allemagne se distingue par un accès aux ressources plus simple et qui fait défaut à la France, en raison d’une organisation faisant la part belle aux régions. Il n’empêche qu’un CFO se trouve confronté à des arbitrages forts, des deux côtés du Rhin : difficile d’être compliant quand on a également à gérer des chantiers destinés à assurer la croissance de l’entreprise. C’est donc un jonglage permanent qui ne doit pas faire oublier les bénéfices à long terme au profit du court terme. Le CFO est ainsi une personne clé à côté de son CEO. Il doit bien communiquer en interne comme en externe de l’importance des choix effectués.


Susanne Liepmann est CFO sous LBO et a fait une longue carrière en audit, groupe américain coté et en ETI française en développement. Depuis 2014, elle est présidente de Fi Plus, le méta-réseau regroupant les clubs finance des grandes écoles et universités françaises et les organes représentatifs des professions de direction financière. Fi Plus a dans son réseau quelque 21 000 membres.

Site : https://fi-plus.com

 

 

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