En proposant à un groupement de neuf ETI industrielles un contrat corporate PPA de 15 ans, le producteur d’énergies renouvelables Valeco a étendu le spectre de cet instrument d’ordinaire réservé aux grands groupes ou aux établissements financiers. Une première en France, notamment rendue possible grâce à la participation de Bpifrance. Décryptage avec Martin Rouzière, le responsable Services Marchés et Flexibilité de l’entreprise languedocienne.
Depuis 2019, Valeco a noué une quarantaine de contrats corporate PPA avec des entreprises souhaitant inclure les sources renouvelables dans leur mix énergétique. Quel a été le contexte de celui récemment finalisé dans le Sud-Ouest ?
A l’origine, il s’agissait de répondre à une initiative conjointe de la Région Nouvelle-Aquitaine et du Club des ETI de Nouvelle-Aquitaine. Réfléchissant aux questions de décarbonation et de RSE des entreprises présentes dans ce territoire et aux enjeux de compétitivité liés à l’énergie, ces derniers souhaitaient faciliter l’accès des ETI aux contrats Power Purchase Agreement (PPA), qui permettent d’assurer un approvisionnement en énergie à un prix défini à l’avance, mais qui étaient historiquement déployés auprès de grandes entreprises présentant des capacités financières robustes.
C’est donc dans le cadre d’un appel à manifestation d’intérêt (AMI) que nous avons affirmé notre souhait d’y participer dès 2021, ayant identifié cette zone géographique comme étant l’un des axes prioritaires du développement de Valeco. De leur côté, les initiateurs du projet ont sondé en parallèle les entreprises pour identifier leurs besoins et établir comment s’entendre autour de plusieurs acheteurs. Et une fois mise en place la structuration coordonnée côté achats, le projet a été relancé en 2024 et notre proposition d’y dédier une centrale solaire dans le Lot-et-Garonne a donc été retenue.
Qu’y a-t-il précisément de novateur ?
Le caractère innovant du projet réside essentiellement dans le fait qu’il s’agit du premier corporate PPA multi-acheteurs établi en France, puisque Valeco s’engage dans la durée à fournir de l’électricité verte issue de sa centrale solaire auprès de neuf ETI : Anett, Aqualande, Avi-Charente, Bernardaud, Ceva Santé Animale, Delmon Group, Epsilon Composites, HDF et Ridoret. Et c’est dans ce cadre que l’intervention de Bpifrance s’est avérée utile : le contrat bénéficie de la Garantie Electricité Renouvelable, palliant le fait que les entreprises ne pouvaient être pleinement solidaires les unes des autres en cas de défaut de l’une d’entre elles.
De notre côté, nous avons abordé le développement de ce projet en validant l’ensemble des aspects usuels (autorisations, foncier, capacités de raccordement…) de façon autonome. Tout cela en gérant la question du financement, puisqu’il était nécessaire d’établir quel serait le plan de valorisation des électrons produits par cette centrale pour que notre financeur et actionnaire public EnBW accepte de prendre en charge cet investissement en étant assuré de la rémunération qui en serait retirée. Etant donné que cette centrale-là n’était pas éligible à l’appel d’offres de la CRE, permettant d’avoir des contrats sécurisés pendant vingt ans, nous avons opté pour un contrat PPA – qui n’est pas exposé au marché à 100 %. Sa mise en service doit intervenir au second semestre 2026 et elle doit permettre de fournir de l’électricité à hauteur de 25 % de la consommation énergétique des entreprises bénéficiaires.
Et comment cela s’est-il déroulé d’un point de vue juridique ?
Dans une première phase, le schéma qui a été retenu a permis de simplifier les échanges que nous avons eus avec les ETI, de sorte à notamment mieux appréhender leurs risques-crédit respectifs. Ensuite, il a été fait appel à un avocat unique pour traiter directement avec les services juridiques de ces entreprises, dont les attentes devaient transparaître dans le contrat noué, et les équipes de Valeco, habituées à gérer ce type de contrat. Disposer d’un seul interlocuteur pendant les nombreux mois durant lesquels les discussions ont eu lieu a grandement facilité l’aboutissement du processus – d’autant que la liste des ETI présentée lors de l’AMI n’était pas définitivement arrêtée.
Aucun contrat multi-acheteurs n’était disponible sur l’étagère et il nous a fallu innover pour tout inventer. Nous souhaitons désormais capitaliser sur cette première expérience réussie et sur le temps que nous avons consacré à ce premier contrat multi-acheteurs. Nous sommes désormais en mesure de les démultiplier, tout en étant conscients que la capacité des initiateurs du projet à fédérer les ETI a joué un rôle essentiel dans son aboutissement.
L’environnement actuel y est-il favorable ?
Il est certain que, du côté des producteurs d’énergies renouvelables, l’instabilité politique constitue une contrainte : nous attendons tous la feuille de route pour les dix prochaines années que doit détailler la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE 3), annoncée par le gouvernement l’été dernier. L’absence de visibilité sur de futurs appels d’offres n’aide pas les producteurs à se projeter sur le développement et les futurs investissements.
Malgré tout, en bénéficiant de la solidité de notre actionnariat et d’une expérience de plus de 8 ans dans les PPA, nous avons toutes les cartes pour être résilient à cet environnement. C’est aussi pour cette raison que nous souhaitons continuer notre travail de pédagogie sur les corporate PPA, en cherchant à trouver des contreparties pour éviter qu’ils soient limités aux grandes entreprises.
Dans cette même logique, nous menons un travail de fond pour aboutir à la signature de nouvelles formes de PPA, plus structurés et plus complexes, pour fournir à nos clients une électricité verte à un prix toujours plus stable et compétitif. Les enjeux liés aux problématiques du stockage d’énergie nécessitent notamment que l’on réfléchisse à des outils permettant de répondre de façon sur mesure aux besoins des entreprises et à leur profil de consommation.


